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Sur cette page vous trouvez quelques articles du cahier des chroniques régionales 


Numéro 329, juin 2008:

  • Jean-Daniel Dollfus : Protestants
  • Catherine Cappelaere : L'économie autrement
  • Martine Kentzinger : La caravane des femmes pour la paix
  • Sylvia Ill : Oecuménisme - manque d'enthousiasme
  • Cours de théologie décentralisés

Protestants

En 1529, les princes allemands qui avaient obtenu de Charles Quint le droit d’opter pour la Réforme, voient cette concession annulée. Ils adressent alors à l’Empereur une déclaration : « Nous protestons devant Dieu… ». Au seizième siècle « protester » signifie d’abord « attester », « proclamer », « affirmer publiquement ». Les princes affirment donc leur foi et protestent en même temps contre le décret impérial. Selon André Gounelle cette protestation de 1529 présente quatre dimensions : religieuse (référence à Dieu), éthique (ne rien faire contre sa conscience), politique (affirmation implicite des limites de l’autorité du souverain) et laïque (les princes ne sont pas des ecclésiastiques). Il est bon de rappeler ces quatre constituants du protestantisme alors que vient de paraître dans l’hebdomadaire protestant Réforme, l’analyse d’un sondage sur « les protestants et Nicolas Sarkozy » : 58% des protestants ont une opinion favorable du président de la République.

Jean-Paul Willaime, sociologue, écrit : « Si l’on considère que le style du président de la République, a tout pour déplaire aux protestants, si l’on prend en compte le fait que sa cote de popularité a fortement baissé dans l’opinion générale des Français, on mesure d’autant plus l’importance de ce constat d’une droitisation protestante. Selon nous, l’éthique protestante du travail et la valorisation protestante de la responsabilité individuelle n’y sont pas pour rien. » A l’heure où l’Eglise réformée de France se préoccupe d’évangélisation, n’oublions pas l’indissociabilité originelle des quatre dimensions qui nous identifient.

Jean-Daniel Dollfus

L’économie autrement 

A la suite des 27ièmes Assises nationales des Entrepreneurs et Dirigeants chrétiens qui se sont déroulées à Marseille le week-end du 29 mars 2008, le Groupe Foi et Actualité d'Aix en Provence avait invité Isaline Bourgenot Dutru auteur du livre « L'utopie en marche » paru en octobre 2007 dans la collection Nouvelle Cité. Ce livre retrace l'itinéraire de François Neveux, ingénieur marseillais, devenu un entrepreneur actif, réaliste, courageux et profondément humain.

Pour étayer le débat économique, Pierre Legrand, dirigeant d’entreprise de la région, a évoqué la culture d’entreprise de sa société dont une des devises est : « s'accomplir et réussir ». Et de rappeler que la performance nécessaire des entreprises n’est pas incompatible avec des valeurs comme l'honnêteté, le travail, le respect, et l’engagement. Pierre Legrand a insisté sur l’importance de l'innovation et donc de la recherche, pour que l'entreprise soit créatrice d'emplois et de richesses. Il explique ainsi la réussite de François Neveux, très inventif, qui a pu déposer ses propres brevets.

Isaline Dutru raconte avec passion le parcours et les convictions de François Neveux. Ce spécialiste de l'assainissement des eaux usées a inventé le pré-filtre à cassette et la FAN (Fosse à nervures). Grâce à ses brevets, sources de financements, il n'avait pas besoin d'actionnaires pour faire fonctionner ses entreprises. Il a créé deux sociétés en France, une d'assainissement et une dans le marché du loisir produisant des planches à voiles, kayaks, et bateaux. Son souci était toujours le bien être de ses employés, mais il a voulu aller plus loin. Durant l'été 1975 François rencontre un prêtre, issu du mouvement des Focolari fondé par Chiara Lubich, et décide de pratiquer l'économie autrement, en partageant son savoir. Il part alors en Pologne pour y apprendre à fabriquer des fosses. Peu à peu François Neveux apprend à se déposséder du « pouvoir ».Un souffle divin semble l'avoir touché. En 1991 il décide de s'engager totalement au Brésil sur les pas de Chiara Lubich, et mise tout sur le partage. Il a présenté son projet aux entrepreneurs brésiliens pour créer et partager des richesses autrement. Toute entreprise doit d’abord créer de la richesse. Et quand elle dégage des bénéfices, elle peut les partager en trois parts : une réinvestie dans l'entreprise, une seconde destinée à lutter contre la pauvreté, et une troisième dans la formation à la culture du don pour vivre avec l'autre et pour l'autre. C’est l’économie de communion. Ni capitalisme, ni socialisme, mais une troisième voie où le souci de l'humain est premier. Servir l'homme pour servir Dieu.

Catherine Cappelaere

Eglise universelle - La caravane des femmes pour la paix

La Caravane des Femmes pour la Paix est une action commune à toutes les Eglises membres de la « Communauté des Eglises en Mission » (Cévaa). Aventure humaine qui se déploie sur deux années, la caravane évoque le mouvement, le cheminement, le déplacement. Les prophètes rappelleront sans cesse au peuple d’Israël l’époque de la caravane au désert, et le sens de ce que peut être un peuple qui chemine. La caravane évoque aussi le campement, à travers l’image de la tente, de la hutte. On fait campement pour se reposer, se ressourcer, pour établir des contacts avec un environnement nouveau. C’est un temps qui fait trace, qui laisse des empreintes. La Caravane des Femmes pour la Paix reprend à son compte cette symbolique du cheminement et du campement. Ce sont les femmes de l’Eglise Evangélique au Maroc qui, le 25 mai 2007 ont commencé cette aventure qui aboutira, après un tour du monde, à Neuchâtel en octobre 2008. Mais ce n’est pas pour autant le même groupe de femmes qui fait le tour du monde ! La transmission d’un lieu à un autre, d’une communauté à l’autre, s’effectue sous la forme d’un relais symbolique concrétisé par un rouleau de tissu où chaque groupe de femmes appose son message.

En France, c’est en septembre 2008 que la Caravane, arrivant d’Italie, sera accueillie à Marseille le dimanche 31 août au cours d’un temps de culte et un moment d’animation (informations auprès du pasteur Jean-Raymond Stauffacher T. 04 91 79 02 16). Le rouleau-témoin porté par une délégation de femmes sera transmis ce même dimanche à Salon-de-Provence pour une soirée de contes bibliques, et le lendemain pour l’inauguration de l’exposition « Martin-Luther King ». L’atelier de patchwork coudra alors son oeuvre sur le rouleau, et nous le transporterons à Albi le lundi soir. La caravane fera ensuite un tour de France, jusqu’à la paroisse du Chablais et la traversée du Lac Léman pour transmettre le rouleau aux Eglises de Suisse jusqu’à son arrivée « triomphale » à Neuchâtel au cours de l’assemblée générale de la Cévaa !

Ne manquez pas de vivre cet évènement à Marseille ou à Salon et être témoin de l’aventure !

Martine Kentzinger (T. 04 90 53 20 53) www.caravane.cevaa.org


Œcuménisme - Manque d’enthousiasme

A la demande du conseil régional ERF PACCA, l’équipe régionale « œcuménisme » a élaboré un questionnaire à destination des conseils presbytéraux et des Eglises locales. Il portait sur les activités œcuméniques des paroisses, la perception qu’ont les acteurs locaux des difficultés actuelles liées à l’œcuménisme et enfin sur les attentes pour l’avenir. En voici quelques conclusions.

1. Actions phares

Il s'agit en général d'actions ponctuelles annuelles entre catholiques et protestants réformés.

Les exemples donnés concernent souvent des « célébrations œcuméniques » lors de manifestations culturelles (cirque de Monaco, festival de Cannes, festival de jazz d’Antibes, festival d’Avignon). Mais on cite aussi : la proclamation commune de la résurrection le dimanche de Pâques sur la place publique à Aix ou la célébration de l’aube de Pâques au lever du soleil.

2. Partenariats

Ils se nouent au long de l’année généralement avec les catholiques, ponctuellement avec les protestants évangéliques, rarement avec les orthodoxes.

Les mouvements œcuméniques sont aussi des partenaires privilégiés : UCJG, EEUdF, Entraide protestante, Secours catholique, mouvement SÈVE, ACAT, CIMADE, etc.

3. Obstacles rencontrés

Les principaux obstacles mentionnés ont été : le manque d'initiative et de conviction, l'impossibilité de l'accueil eucharistique, la rigidité dans les pratiques ecclésiastiques chez certains prêtres et évêques, a déclaration récente du Pape sur les déficiences des autres Eglises, la difficulté de réunir les différents partenaires (catholiques et évangéliques)

4. Voeux

Ce qui est souhaité : une plus grande collaboration au niveau des aumôneries (hôpital, prison, aéroport), une régularité dans les rencontres ponctuelles (journée mondiale de prière des femmes), élargir la participation des laïcs, cesser de parler de l'oecuménisme pour le vivre concrètement !

Ainsi l’œcuménisme semble s’inscrire dans la continuité, avec des activités liées aux domaines diaconal et cultuel. Et si un manque d’enthousiasme et de projets est perceptible, le désir d’un approfondissement, d’une pérennisation des rencontres, voire d’un élargissement de la coopération, est un signe d’espoir.

Silvia ILL

Déléguée régionale à l’œcuménisme

Cours de théologie décentralisé à Marseille

Après l’expérience positive faite depuis l’an dernier à Valence (voir article page 3 du Magazine), la Faculté de théologie protestante de Montpellier démultiplie son offre de formation universitaire décentralisée et ouvre à Marseille en octobre 2008, un cours de théologie en partenariat avec « Rencontre-formation de l’Espace Magnan », service de l’Eglise réformée à Marseille et environs. Au cours de l’année 2008-2009, 6 séances d’introduction à la théologie seront ainsi assurées à l’Espace Magnan par 6 professeurs de théologie de la Faculté. Les cours sont organisés le samedi de 10 heures à midi et de 14 à 16 heures. Cette formation s’adresse à toute personne voulant approfondir sa foi chrétienne, ses connaissances théologiques, ses engagements ecclésiaux. Elle est ouverte à toute la région ERF PACCA. Le niveau d’étude exigé est au minimum la fin des études secondaires (avec ou sans baccalauréat). Cette formation s’inscrit dans la durée : après un premier cycle de 6 séances cette année, il se poursuivra en 3 années de 8 séances. La formation dispensée sera de qualité universitaire, mais son accès reste librement ouvert à tous avec ou sans objectif de validation universitaire. Chaque module pourra toutefois donner lieu à une validation, et au final la formation peut être un premier pas vers la 1ère année de licence en théologie.

Programme des six séances du premier module 2008-2009 (Premier cours : samedi 18 octobre 2008) :

  • Séance 1 : Nouveau Testament (Elian Cuvillier) : qu’est-ce que le Nouveau Testament ?
  • Séance 2 : Ancien Testament (Dany Nocquet) : une littérature de résistance.
  • Sénace 3 : Histoire contemporaine (Jean-François Zorn) : le réveil religieux du XIXe siècle.
  • Séance 4 : Théologie systématique (Jean-Daniel Causse) : introduction à la théologie de Luther.
  • Séance 5 : Théologie systématique (Marc Boss) : christianisme et pluralisme religuieux.
  • Séance 6 : Théologie pratique (Michel Bertrand) : théologie pratique et pratique de la théologie.

Le montant de l’inscription au premier module est de 70 euros, puis de 40 euros pour les suivants.
Mais personne ne sera privé de cette formation pour raison financière.

Informations et modalités d’inscriptions auprès de :

  • Secrétariat régional ERF : T. 04 91 17 06 40
  • Pasteur Joël Baumann : T. 04 91 41 13 76
  • Secrétariat de la Faculté de théologie protestante : T. 04 67 06 45 71
  • Michel Bertrand, responsable des cours décentralisés : T. 06 08 84 84 71


Numéro 328, mai 2008:

  • Jean-Daniel Dollfus : Oecuménisme
  • Waltraud Verlaguet : Rendre possible l'avenir
  • L’ACAT et Ciné-Envol s’unissent sur les droits de l’homme en Birmanie
  • Denyse Muller : Oecuménisme : L’unité n’est pas un compromis

Oecuménisme

Dans un an, au synode électif du 28 mars 2009, un autre ministre de PACCA aura été élu Président du conseil régional. Je serai arrivé au terme d’un ministère régional de neuf années et d’un parcours de trente-six ans dans le Sud-Est. Je retiendrai de cette région la grande richesse de son pluralisme culturel et religieux. Une partie de notre pays qui, comme tout le reste, comme toute la surface de la Terre, je le crois comme vous, est donnée en location à chacun de ceux qui l’habitent. Je tiens au sens originel d’« œcuménique » c’est-à-dire « terre habitée » qui n’a rien de religieux. Chacun qui s’établit sur cette terre d’immigration méridionale étant accueilli par ceux qui sont déjà là et devenant accueillant à son tour. C’est l’utopie évangélique, donc réaliste, que nous défendons. Parce que nous croyons que la Terre n’appartient qu’à Dieu et qu’elle est avant tout terre des peuples, donc terre laïque. Une Terre qu’aucune religion, aucune idéologie, aucun système économique ne peut s’approprier. Elle est donnée en partage à tous les hommes sans exception. Nous croyons qu’ils comptent autant les uns que les autres pour Dieu, du plus pauvre au plus riche, du « sans papiers » dans la clandestinité à celui qui a toujours été muni de papiers d’identité.

Chaque fois que l’on se comportera d’abord comme un laïc c’est-à-dire comme appartenant aux peuples habitant la Création de Dieu et non à une religion ou à ce qui lui ressemble, chaque fois que l’on se conduira d’abord en homme (humain) armé d’une foi ancrée dans l’Evangile, la venue du Royaume que le Christ a dévoilé deviendra réalité.

Rendre possible l’avenir (Pour voir les photos de la conférence, rendez-vous sur le site des Amis de la Chapelle Victoria en cliquant ici)

Les Amis de la Chapelle Victoria à Grasse avaient invité Madame Linda Likar, le 3 avril dernier, pour une conférence intituée « Stratégies institutionnelles pour un développement durable ».

Linda Likar est économiste, elle a travaillé à la banque mondiale à Washington et est actuellement consultante auprès de différents gouvernements ; elle est co-auteur du Rapport sur le développement dans le monde 2003, publié en traduction française sous le titre « Développement durable dans un monde dynamique » aux Editions Eska.

Le développement durable est un programme fondé sur des recherches réalisées par la Banque mondiale et d’autres institutions. Le concept principal est simple : pour que le développement puisse s’inscrire dans la durée, il doit traiter ensemble les aspects économiques, sociaux et environnementaux. Faute de quoi, de graves déséquilibres sont inévitables. Le terme « institutions » inclue à la fois des structures formelles et informelles, la culture, des pratiques et croyances religieuses, des lois et des constitutions.

Les principes pour un développement durable semblent si simples qu’on s’étonne qu’ils ne soient pas appliqués : tenir compte de l’avis de tous avant de prendre une décision au lieu de l’imposer d’en haut, tenir compte d’une vision à long terme pour les décisions qui s’imposent maintenant, tenir compte de la qualité de vie et des relations humaines et non seulement des profits à court terme.

Cela relève du simple bon sens, souligne Linda Likar. Son travail consiste à analyser les résistances à la mise en place de ce type de stratégie. Elle donne des cours aux décideurs et travaille, notamment en Chine et au Maroc, avec des instances gouvernementales pour discerner, à partir de cas concrets, les erreurs commises dans le passé - et le présent - et qui pèsent lourdement sur l’avenir.

Parmi les obstacles qu’elle dénonce, il y a surtout le fait que les politiques, dans les pays démocratiques, sont élus pour quelques années seulement et n’ont pas le temps de mettre en place des stratégies à long terme. La solution consiste à inscrire ces stratégies dans des institutions à tous les niveaux, y compris mondial, institutions indépendantes à la fois des régimes politiques et des intérêts économiques, et capables d’inciter les décideurs à privilégier les mesures qui vont dans le sens d’un développement durable, pour rendre possible un avenir pour l’humanité toute entière.

Waltraud Verlaguet

L’ACAT et Ciné-Envol s’unissent sur les droits de l’homme en Birmanie

En solidarité avec le peuple birman, l’ACAT de Cannes et Ciné-Envol se sont associés pour projeter au cinéma Les Arcades, le 4 mars dernier, le film « Total Dénial » en présence de la réalisatrice Milena Kaneva, d’un moine birman U. Uttara, et de Anne Cécile Antoni, vice-présidente de l’ACAT France. Ce film s’est vu attribué le Prix Vaclav Havel pour les Droits de l’Homme en 2006.

« Total Denial » raconte l’histoire incroyable du procès intenté par 15 villageois de la jungle birmane à deux des plus grandes compagnies pétrolières mondiales. Le documentaire relate l’incroyable parcours du leader non violent Ka Hsaw Wa récoltant le témoignage de milliers de victimes.

A travers cette extraordinaire histoire, qui rappelle celle de David contre Goliath, c’est le portrait sombre d’un pays aux abois, et de pratiques économiques aberrantes. Au-delà c’est un éclairage précieux sur ce qui a poussé des milliers de Birmans, dont les moines bouddhistes, à braver le régime dictatorial en octobre 2007 et tout récemment encore. Deux compagnies pétrolières, Total et Unocal, se sont embarquées dans une co-entreprise avec le gouvernement birman pour construire un énorme gazoduc. L’armée birmane a agi en tant qu’agence de sécurité pour les compagnies, forçant les populations locales appauvries dans un travail d’esclavage pour construire le gazoduc. Villages détruits, viols, tortures, meurtres, sont utilisés pour soumettre la population et avoir une main-d’oeuvre bon marché. Des centaines de milliers de personnes fuient et tentent de survivre dans la jungle ou les camps de réfugiés.

Total Denial montre comment les efforts d’un homme ont pu amener 15 personnes qui n’avaient jamais quitté la jungle birmane, devant des Cours américaines pour mener une bataille légale sans précédent.

A la fin de la projection un débat s’est instauré entre le public nombreux, la réalisatrice Milena Kaneva, et le moine U. Uttara en exil à Londres, secrétaire général de l’association internationale des moines birmans (I B M O). Désormais personne ne pourra plus dire au sujet de la situation en Birmanie : « on ne savait pas »

Le groupe ACAT Cannes

Oecuménisme : L’unité n’est pas un compromis

Une quarantaine de conseillers presbytéraux et de pasteurs de la Région se sont retrouvés le 8 mars dernier à Marseille, autour de questions œcuméniques.

Michel Bertrand, professeur de théologie à Montpellier, a traité des relations intra protestantes. Pour lui, le rapprochement entre les Eglises implique respect de la pluralité et pratique du débat pour accepter les désaccords et les questionnements. Quant à l’élargissement de la Fédération Protestante de France, chaque Eglise gardant son identité, la Fédération vit un défi permanent d’organisation et de témoignage. Si des éléments de communion existent comme l’accueil mutuel à la cène, bien des questions demeurent : la non reconnaissance mutuelle du baptême, l’interprétation de la Bible (fondamentaliste ou privilégiant l’interprétation que l’Esprit permet et promet), la conception de l’Eglise (confessante et professante pour les uns, multitudiniste pour les autres), l’engagement au cœur du monde sur le plan social, culturel, politique… Les interpellations positives du monde évangélique sont aussi à souligner. Les Eglises confessantes osent parler de la foi, d’expérience spirituelle et savent utiliser les moyens de communication actuels. Oui, nous avons besoin les uns des autres, l’unité n’est pas un compromis mais un don de Dieu, la source de notre unité est dans notre commun attachement au Christ.

Le Père Savornin, délégué à l’œcuménisme du diocèse de Digne, a guidé l’étude, par groupes, de la Charte Œcuménique Européenne (2001) et des engagements concrets qu’elle propose aux Eglises dans nos sociétés. Les groupes de travail ont constaté que trop souvent les relations oecuméniques se limitent à la semaine de prière avec les évangéliques ou avec les catholiques. Beaucoup de suggestions ont été faites : se rencontrer plus souvent et agir ensemble, célébrations communes, tables rondes, études bibliques, catéchèse des enfants, information des fiancés et foyers mixtes, aumôneries des hôpitaux, des prisons…bref, un engagement œcuménique plus visible, plus concret, plus durable est souhaité. Une journée de formation pleine d’attentes et d’espérances. Qu’en ferons-nous ?

Pasteur Denyse MULLER
Equipe régionale oecuménique


Numéro 327, avril 2008:

  • OLIVIER HUTTER : Oser la vie : Les différences culturelles… une chance pour renaître
  • Christiane Fisher : Aumôneries : Espace prière à l’aéroport de Nice
  • Domaine des Courmettes : Un engagement chrétien au service de l’environnement
  • MAURICE CAVALIÉ : Chronique vaudoise : Dialogue entre protestants

Oser la vie :Les différences culturelles… une chance pour renaître

    Comprendre l’autre en ayant un regard décalé permet d’utiliser les différences culturelles comme un outil de dialogue ent re personnes de cultures différentes. Le 4e séminaire « Oser la vie » de l ’Espace Magnan avait invité Clair Michalon le 29 février à Marseille. 

    Clair Michalon pose la question: « Pourquoi existe-t-il des différences entre les hommes? ». Il survole rapidement avec son auditoire l’histoire de l’humanité, dans une brillante démonstration de l’évolution de l’homme de Lucie à nos jours. Le passage du nomadisme à la sédentarité est le germe des conflits, de l’esprit de propriété à la notion de différence, d’étrangeté. De nombreuses concordances bibliques sont venues étayer cette évocation, à commencer par l’opposition de Caïn et Abel. La naissance de l’écriture comme outil de communication participe à l’évolution du genre humain et à la disparité selon les courants de civilisation. 

    Le nomade des origines « cueille » sa nourriture, donc se déplace avec elle au gré des saisons. C’est un « homme libre ». La terre est son domaine, il « marche » s’installe, le fait donc obligatoirement sur les territoires du nomade. Le premier ne travaille pas, il « cueille »! Le second invente le « travail » (et sa pénibilité) et va gagner parce qu’il nourrit plus de personnes au mètre carré. 

    Dans un monde de parole, on a besoin de l’autre avec qui l’on va partager le savoir. Cela impose le dialogue. Dans le monde de l’écriture, l’écrit peut détruire le lien social, puisque l’on peut trouver le savoir tout seul! 

    Des origines à nos jours, Clair Michalon définit deux états. L’état de « grande précarité »: l’erreur conduit à la mort. L’état de « grande sécurité »: l’erreur ne conduit pas à la mort, c’est le droit à l’erreur. En France, pays de la sécurité, il est résumé par cette phrase redoutable « le responsable n’est pas coupable », maître mot des jeunes d’aujourd’hui. 

    Tous les groupes d’hommes sur terre évoluent du premier au second de ces états. Mais le droit à l’erreur modifie leurs comportements dans cette évolution. Les migrations sont toujours possibles, mais l’adaptation d’un groupe dans un autre groupe, demande trois générations.

OLIVIER HUTTER

Aumôneries : Espace prière à l’aéroport de Nice

Christiane Fischer, après une année de format ion, a été chargée par l’Église réformée d’une mission à l’aéroport de Nice. Elle explique ici en quoi consiste ce service. 

    Aujourd’hui, l’aéroport de Nice est le deuxième aéroport de France. Il emploie 7781 personnes. Il dessert une centaine de destinations et une trentaine de pays dont trois destinations phares: New York, Montréal et Dubaï. Alors, que vient faire un aumônier dans un aéroport? 

    Il assure une présence hebdomadaire avec un accueil et une écoute active dans le respect des convictions de chacun, fondé sur la confiance et la discrétion. Il est aussi un témoignage en favorisant la rencontre et le dialogue, en allant vers les passagers et les travailleurs de l’aéroport pour les informer de l’existence de l’espace de prière. Enfin, il développe une collaboration oecuménique unique entre des chrétiens de toutes dominations qui partagent la chapelle. 

    L’Espace prière du Terminal 1 a été inauguré en juin 2002 après de longs préparatifs. Il se compose d’un bureau d’accueil et de trois salles de prières distinctes : une chapelle chrétienne, une mini synagogue et une mini mosquée. Y travaillent actuellement un aumônier catholique, le père Antonin Blanchi, un aumônier orthodoxe, le Père Michel Seliniotakis et moi-même en tant qu’aumônier protestant. 

    Les aumôniers d’aéroports plus expérimentés disent tous que ce qui compte essentiellement dans ce ministère c’est la présence, être là, déambuler dans les terminaux et créer du lien et du contact avec autrui. Ma prière est que Dieu m’accompagne et me guide dans cette mission, mais je compte également sur vos prières et votre collaboration! 

    Pour nous l’année 2008 est importante: le 41e congrès de l’Association internationale des aumôniers d’aviation civile se tiendra du 21 au 26 septembre 2008 à l’aéroport de Nice. A cette occasion le nouvel Espace prière du Terminal 2 sera inauguré le 25 septembre. Nous recrutons des bénévoles pour assurer l’accueil. 

    Toute personne intéressée par ce bénévolat peut me contacter au 0493339729. Merci ! 

CHRISTIANE FISHER

Domaine des Courmettes : Un engagement chrétien au service de l’environnement

    Le Domaine des Courmettes (600 hectares de nature protégée sur la commune de Tourrettes sur Loup) appartient à l’association protestante Amiral de Coligny depuis 1918. Jusqu’au milieu des années trente le domaine a une vocation sanitaire (sanatorium - préventorium). Il devient ensuite un grand lieu de rassemblement de scoutisme féminin, géré par la Fédération française des Éclaireuses (FFE), puis une colonie de vacances jusqu’en 1972. En 1974, Les Courmettes deviennent un centre d’animation permanent ouvert sur la nature, accueillant groupes et séminaires divers. 

    Parallèlement, le domaine de 600 ha devient une réserve naturelle volontaire, dans laquelle un plan de gestion fait l’inventaire de ses multiples richesses naturelles. Fin 2006, le Centre doit cesser ses activités en raison d’importantes difficultés financières. L’association propriétaire a exploré différentes orientations et vient finalement de s’engager avec A Rocha pour étudier un nouveau projet dédié à la sensibilisation à l’environnement. 

    Les chrétiens sont peu présents dans les domaines de l’écologie alors que le message de la Bible résumé par les verbes de la Genèse « cultiver et garder » est particulièrement riche et actuel. Le grand défi social de notre siècle sera précisément la protection, voire la restauration de l’environnement. Déjà le prophète Osée dénonçait le lien entre « la destruction des animaux des champs et des poissons des rivières » et la mauvaise conduite du peuple. 

    Le centre des Courmettes sera un lieu de contemplation de la création, d’initiation et d’invitation au changement de comportement pour atténuer les injustices d’aujourd’hui et de demain. Ainsi cette propriété sera à nouveau au coeur de l’engagement chrétien pour la société. A Rocha est une association chrétienne de protection de l ’environnement . 

    Depuis 25 ans A Rocha s’est implantée dans 18 pays. Elle dispose en France d’un centre à Arles qui lui permet d’agir concrètement sur le terrain. A cette mission pratique, s’ajoute celle de sensibiliser des chrétiens au respect de la création, notamment dans le cadre d’interventions dans les paroisses et les Églises au niveau national. 

    A Rocha peut être soutenue financièrement (elle en a besoin!) par des dons affectés sur son compte à la Fondation du protestantisme. FONDATION A ROCHA - DOMAINE LES TOURADES - 233, ROUTE DE COSTE-BASSE - 13200 ARLES. Courriel : france@arocha.org Site internet : www.arocha.org

Chronique vaudoise : Dialogue entre protestants

    Le dialogue entre protestants d’Italie poursuit son bonhomme de chemin. Et ce sont les Pentecôtistes qui à présent viennent se joindre aux autres. 

    Les Églises pentecôtistes comptent en Italie 400 communautés locales et plus de 50 000 membres. Elles se sont constituées en Fédération depuis 2000, et viennent d’ouvrir une Faculté pentecôtiste de Science religieuse. La 3e assemblée de cette Fédération a confirmé la volonté des Églises pentecôtistes d’Italie d’aller de l’avant, en direction de la Fédération protestante « historique » regroupant déjà les valdométhodistes, baptistes et adventistes. 

    «Notre espérance est que nos relations deviennent toujours plus fraternelles » a déclaré le pasteur Remo Cristello, président de la Fédération pentecôtiste à l’adresse des invités des autres Églises, mais aussi sans doute à l’intention de ses quelques cent délégués pentecôtistes eux-mêmes. La reconnaissance réciproque des deux Fédérations en qualité de « membre observateur » dans chacune de leurs assemblées respectives, n’est qu’une première étape dans la recherche d’une plus large collaboration. 

    Au cours de cette assemblée de la Fédération pentecôtiste d’Italie, plusieurs commissions de travail ont été créées, notamment pour traiter des relations avec l’islam, des Églises ethniques, des questions bioéthiques… domaines dans lesquels une collaboration avec la Fédération protestante italienne pourrait être envisagée. 

MAURICE CAVALIÉ


Numéro 324, janvier 2008:

  • Le billet du président de région
  • Jean-Pierre Zehnder : Les révolutions de la famille
  • Dominique PAQUIER-GALLIARD : Oser la vie, oui, mais tous solidaires
  • Catherine CAPPELAERE : L'oxygène affectif

Billet : Il arrivera dans la suite des temps…

L’année écoulée s’est achevée avec des situations qui demeurent très problématiques et pour lesquelles des solutions se font longuement attendre. Des situations devant lesquelles les croyants que nous sommes ne doivent pas fermer les yeux ni se décourager mais agir par la prière, la parole et l’engament d’une manière ou d’une autre : la guerre en Irak, la situation au Proche-Orient, la grande misère de beaucoup de nos banlieues, le racisme, les effets pervers de la mondialisation, le dérèglement climatique… 

La lecture de la prophétie d’Esaïe (2 /1 à 5) vient nous encourager à ne pas désespérer mais à demeurer persévérants dans la foi. Elle nous nous rappelle que, le temps appartient à Dieu, notre histoire se vit avec Lui, tous les peuples Le connaîtront dans la paix du salut qui vient de Lui et Lui seul, toutes les nations seront sauvées de la guerre. Il remplit d’Espérance tous ceux qui s’en remettent à Lui, Il compte sur chacun d’entre nous pour être acteurs de sa justice et de sa paix tout au long du chemin qu’Il trace pour les hommes, tous les hommes, chemin que traverse la nouvelle célébration de la naissance d’Immanouel, Dieu avec nous, que nous venons de vivre, chemin qui mène vers Son Royaume que Jésus de Nazareth, le Christ, fait advenir. Heureuse année à vous et à tous les vôtres.

Jean-Daniel Dollfus

Les révolutions de la famille « Osons vivre avec le cœur »

Impossible d'ignorer qu'un couple sur deux se sépare et qu'un demi million d'enfants sont concernés en France par les recompositions familiales. À l'invitation du groupe « Foi et Actualité » de la paroisse d'Aix-en-Provence, Jean-Paul Sauzède, psychothérapeute issu de la communauté protestante, a ouvert une réflexion sur ce qu'il faut bien qualifier de révolution. 

Privilégiant les croquis et les idées simples, il cherche à fournir les clefs d’une réalité familiale de plus en plus complexe. Le pourquoi de la multiplication des conflits, la source des crises mais aussi la richesse humaine des familles recomposées, l'homme de terrain les impute à une mutation de fond : « Dans notre travail sur la thérapie familiale nous sommes passés de l'évidence des liens du sang à la famille « c'est quoi ? », et à la nécessité de s'interroger sans cesse sur les liens du cœur ». Sans dissimuler les chausses trappes. Ainsi la priorité absolue donnée par le couple à la qualité de son intimité risque-t-elle d'engendrer un certain égoïsme. Hier on célébrait l'enfant roi. Aujourd'hui la tentation existe de le faire attendre…

Or les enfants occupent une place essentielle dans la réussite ou dans l'échec des reconstructions familiales. C'est dans leur mal être que le thérapeute décèle les signes d'un dysfonctionnement plus grave. Ainsi la plupart des transgressions sexuelles dans la famille seraient liées à des problèmes de hiérarchie non assumées. L'enfant qui va mal, poursuit Jean-Paul Sauzède, c'est celui qui a perdu ses repères identitaires, celui qui demande : « Qui est mon père ? Qui est mon frère ? D'où je viens ? ». D'où l'impérieuse nécessité de préciser les hiérarchies (la place de chacun), les fonctions (qui fait quoi ?), les frontières (une mère n'est pas la « sœur » de sa fille). 

L'enfant « warning » revendique également d'accéder à son histoire. Or l'omerta des familles fait des ravages : « Nous constatons que lorsqu'il y a eu une difficulté dans une génération, elle peut se se répéter ou se réparer sur trois générations ». Pour autant, doit-on tout dire ? Jean-Paul Sauzède n'a pas d'autre recette que celle de l'écoute : « Il suffit d'être prêt à répondre. Les enfants entendent ce qu'ils veulent bien entendre. Mais je n'ai jamais vu de famille qui n'ait pas gagné à ce que les secrets soient dévoilés ». Jean-Paul Sauzède qui évolue dans les dédales des nouvelles géométries familiales, martèle pour conclure l'essentiel de son message : « Les liens du sang avec en plus le besoin de s'aimer, c'est cela le grand défi de notre temps pour la famille. Osons vivre avec le cœur ! ».

Jean-Pierre Zehnder

Oser la vie - oui, mais tous solidaires

L’Espace Magnan de l’Eglise réformée de Marseille, dans le cadre des rencontres - formation « Oser la vie », recevait le 12 octobre 2007 Stéphane Hessel, ambassadeur de France et le 7 décembre Boris Cyrulnik neuropsychiatre et ethologue. 

Pour illustrer le thème, Stéphane Hessel, « un jeune homme de 90 ans », comme l’a présenté le pasteur Beltrami, a évoqué les défis du siècle nouveau que nous devons affronter « avec intelligence ». Observateur attentif, passionné, modeste et lucide du monde, Stéphane Hessel en a pointé trois : la dégradation de la planète, le risque de la violence et du terrorisme, et l’écart croissant entre les pauvres et les riches, résultat d’un capitalisme financiarisé et dérégulé. Pour le premier, défi majeur, nous n’avons pas de vrai programme, « la planète est dans l’air du temps, mais on ne va pas assez au fond des choses ». Les décideurs sont concernés mais aussi les citoyens de base. Quant au terrorisme, il se nourrit de deux sources : la religion, lorsqu’elle est mal interprétée, et l’extrême pauvreté de certaines populations. Stéphane Hessel plaide pour une vraie rencontre des religions et pour le respect des populations objet de marginalisation et de mépris. Le troisième défi nécessite que « tout le monde se mette d’accord sur l’éminente dignité de la condition humaine. Un effort a été fait, au XXe siècle, pour définir les droits fondamentaux et les violations contre lesquelles réagir : nous devrions nous mobiliser sur ces valeurs ». Des motifs d’espérer ? Par exemple, ce qui se passe en Amérique Latine, les expériences démocratiques : « Il faut faire de la démocratie le terreau dans lequel le terrorisme ne trouve plus à se manifester ». Pour affronter ces défis, Stéphane Hessel appelle inlassablement à une réflexion sur la complexité : « Il nous manque une vision des hommes et du monde. Ces défis sont liés les uns aux autres. Il faut éduquer, oser changer vraiment profondément les comportements, l’école peut y contribuer ». Stéphane Hessel rêve d’un homo sapiens sapiens sapiens qui aurait pour principale préoccupation le bien qu’il peut faire aux autres… Et l’humaniste de citer Emmanuel Lévinas : « Etre, c’est être pour l’autre ». 

Dominique PAQUIER-GALLIARD

L’oxygène affectif

Devant plus de 200 personnes, Boris Cyrulnik a partagé ses expériences et ses travaux sur l’être humain traumatisé par un drame et en état d’agonie psychique. En évoquant son travail auprès d’enfants en carence affective, le chemin effectué avec eux et les résultats obtenus, Boris Cyrulnik ouvre des voies pour « redonner la vie ». Ce prophète de la résilience explique comment l’être humain communique par les sens, par l’émotion dégagée, par les expressions du corps, par la voix, ou simplement par un signe. L’être humain ne peut pas se développer sans communiquer. Avec des formules très simples : « l’affection, c’est comme l’oxygène, on s’en rend compte quand on en manque » et des exemples précis d’enfants dans des orphelinats en Roumanie, Boris Cyrulnik insiste sur l’importance de l’affection, de l’attention portée à l’autre. Un enfant abandonné peut se développer s’il trouve de l’affection dans une autre personne que ses parents biologiques. Il en est de même pour un adulte traumatisé après un attentat dans le RER à Paris, ou des inondations dramatiques comme à Vaison-la-Romaine. La main tendue, le café proposé, la parole exprimée, l’écoute de l’autre, permettent à celui qui souffre de se reconstruire. Le neuropsychiatre insiste sur le besoin de sens : « je ne peux donner sens à ce que je fais que si j’en fais mémoire ». 

Boris Cyrulnik s’est aussi interrogé sur le manque aujourd’hui dans la société occidentale, de rituels de passage entre l’adolescence et l’âge adulte, surtout pour les garçons. Il a proposé, dans la commission dirigée par Jacques Attali, une « Gap year » après le bac, pour permettre à des adolescents de partir à l’étranger, travailler dans une ferme en Australie ou dans une usine, pour gagner ainsi en autonomie et maturité, vivre et surmonter des « épreuves » avant de commencer des études supérieures. 

Boris Cyrulnick, n’emploie jamais le mot « compassion », il reste dans l’affectif qui est vital. Voilà qui interrogent des chrétiens qui bannissent souvent l’affectif ! Mais avoir tout simplement une attitude chrétienne de « bon samaritain » peut permettre le retour à la vie d’un proche traumatisé. Au fond, Jésus n’avait-il pas inventé la résilience avant Boris Cyrulnik ?

Catherine CAPPELAERE



Numéro 315, Mars 2007:

  • Le billet du président de région
  • Évangélisation et prosélytisme
  • TRIBUNE : Foi et politique
  • ETHIQUE : Acharnement thérapeutique
  • CIMADE : 75 propositions

Billet : Lieux de culte « sanctuaires »

Le Conseil régional a diffusé début février un communiqué : « Osons des lieux de culte refuges » (Cf. page 17). La Cimade a présenté « 75 propositions pour une politique d’immigration lucide et réfléchie », et œuvre pour que l’opinion publique change de regard sur l’étranger. Elle rappelle l’existence de nombre de familles exclues il y a huit mois, d’une régularisation à laquelle elles avaient droit. Si certaines ont voulu rejoindre leur pays d’origine, d’autres y ont été contraintes. Mais nombreuses en tout cas sont celles qui continuent de vivre dans la clandestinité. Le Conseil régional a estimé que l’Eglise ne pouvait ignorer la situation de ces familles, ni se dédouaner sur des associations chrétiennes (Cimade, CCFD etc.) qui s’en préoccupent. L’histoire récente de l’Eglise, aux Etats-Unis, en Suisse, a suscité la pratique du « sanctuaire » : une Eglise locale, convaincue que des demandeurs d’asile ou migrants « reconductibles à la frontière » sont en droit de voir leur situation régularisée, leur offre un refuge dans son lieu de culte. 

A l’automne 1986, pasteur à Marseille-Nord, j’avais saisi le conseil presbytéral de la détresse d’un demandeur d’asile éthiopien, arrivé en France en 1981 et menacé d’expulsion. J’ai proposé qu’il trouve refuge dans l’enceinte du temple et que cette « cache » soit médiatisée. Le conseil presbytéral en a débattu et décidé de faire du temple « un sanctuaire ». Après quelques mois et d’autres lieux de refuge, Belay Kassa a pu retrouver une pleine liberté. C’était il y a 20 ans ! Mais cette action est hélas toujours d’actualité. 

Jean-Daniel DOLLFUS

Évangélisation et prosélytisme

350 participants chrétiens de toutes confessions se sont pressés fin janvier au colloque 2007 de l'ISEO, l'Institut Supérieur d'Études Œcuméniques de Paris, pour 3 jours de conférences et débats. Le succès du thème « Évangélisation et Prosélytisme » traduit bien la perplexité actuelle des Églises quant à la spécificité de la mission chrétienne d'évangélisation. 

Le colloque, ouvert par les co-présidents catholique, protestant et orthodoxe du Conseil des Eglises chrétiennes en France (CECEF), fait d'abord place aux sociologues, pour une mise à distance du sujet. Sébastien Fath affirme le caractère positif du prosélytisme (qu'il oppose au racolage), montrant que le protestantisme évangélique américain a su nourrir une culture alternative apte à peser sur le débat de société, et susciter des élites. Allant à la rencontre directe des personnes, il a pu très tôt appréhender les changements sociaux, quand les grandes Églises s'enfermaient dans la recherche dogmatique. Alors, pourquoi la montée du prosélytisme met-elle si mal à l'aise la société française ? C'est, affirme Danièle Hervieu-Léger, qu'elle met en lumière la grave crise de société provoquée par ces changements : les corps sociaux sont tous profondément transformés par cet « attrait de nos contemporains pour l'affinitaire, l'évènementiel, l'échange d'affects plutôt que d'idées, qui produit du nouveau dans les Églises et les bouscule ». 

Comment les Églises peuvent-elles alors exercer leur droit légitime à évangéliser ? 

Après la réflexion de théologiens orthodoxe, catholique et baptiste, le pasteur réformé, Laurent Schlumberger, de la Mission Populaire Évangélique, souligne combien le prosélytisme ultra-agressif des publicitaires est lui bien toléré, puis analyse la difficulté actuelle du protestantisme luthéro-réformé à proclamer la Parole. C'est que notre époque cherche des témoins. Et met chacun au défi de clarifier sa foi, d’oser l'exprimer avec ses propres mots, ses doutes et ses questions ! 

La conclusion est donnée par les 3 délégués nationaux à l'œcuménisme (Pasteur Gill Daudé, P. Michel Malèvre, P. M. Evdokimov). Ils soulignent, face à la laïcité et à l'ignorance de nos contemporains, la nécessité d'une éthique, d'une déontologie de l'évangélisation, ce qui exclue toute recette-miracle. Et ils rappellent qu’évangéliser dans la division est un contre-témoignage qui décrédibilise le message chrétien. La présence active des chrétiens dans la société peut à 75% être œcuménique : une chance à saisir localement pour sortir du ronron œcuménique entre catholiques et protestants. 

Marie-Claude PELISSIER Sanary

TRIBUNE : Foi et politique

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, il est opportun de s’interroger sur le rôle des Eglises dans le débat politique. Certes, certains penseront que la foi biblique ne concerne que l’individu et son âme, et que l’Evangile est indifférent aux problèmes politiques, sociaux ou environnementaux. Je crois pour ma part, que Jésus s’est intéressé à tout homme mais aussi à tout l’homme. En d’autres termes, il est venu aimer et interpeller la personne humaine dans toutes ses dimensions, intime et personnelle, familiale, sociale, politique, environnementale…Il est venu me parler de mon salut personnel, mais aussi d’un Royaume où les pauvres sont accueillis, les affamés sont rassasiés, les affligés sont consolés, etc.

L’Evangile ne donne aucun programme politique. Il ne propose pas un modèle idéal de société. En revanche, il propose une certaine vision de l’Homme et du Monde. Il qualifie ma relation aux autres. Ainsi, notre responsabilité n’est-elle pas de prendre part aux débats de société, humblement et en vérité, en dialoguant avec les autres familles de pensée ? Davantage encore, notre rôle n’est-il pas d’aider les responsables politiques à prendre en compte avec courage les grands problèmes de notre temps, tel que le réchauffement climatique, la raréfaction de l’eau, les migrations et le développement des pays pauvres, la violence urbaine, la solitude des personnes âgées, la formation et l’emploi de jeunes, etc. 

Car le danger est que les débats restent superficiels et électoralistes. En effet, pour rester populaires, les candidats aux élections sont tentés de fuir les vérités qui déplaisent et de privilégier les actions médiatiques et efficaces à court terme. Pourtant on le sait, les grands changements ne se font que dans la durée, en ouvrant des chantiers à long terme et dont les résultats ne peuvent être évalués que cinq, dix, ou vingt années plus tard. Parce que notre identité n’est pas en jeu, parce que notre avenir ne dépend pas des sondages d’opinion, notre liberté est grande pour réfléchir sereinement et en profondeur aux changements qui seraient nécessaires pour rendre notre monde un peu plus humain. 

Pasteur Christian BOUZY Président du Conseil régional de l’ERF en Cévennes-Languedoc-Roussillon

ETHIQUE : Acharnement thérapeutique

L’Eglise protestante vaudoise d’Italie (valdo-méthodiste) a constitué, depuis plusieurs années, un « groupe de travail sur les problèmes éthiques posés par la science ». L’actualité a mis en pleine lumière, en Italie, cette difficile et douloureuse question à propos d’un malade en totale dépendance, Piergiorgio Welby qui réclamait, depuis longtemps, le droit de mourir, en appelant même au Président de la République. Peu avant Noël, il a enfin fini de souffrir. 

La pasteure Maria Bonafede, modératrice de la « Table vaudoise » (synode national) a écrit à ce sujet : « comme modératrice et comme citoyenne, je me sens aujourd’hui encore plus engagée, dans mon Eglise et dans la société, à promouvoir un débat éthique, culturel et politique ». Pour elle, « la vie est un don précieux de Dieu, mais ne saurait être réduite à une simple fonction biologique. Un acharnement thérapeutique ne peut s’opposer à la volonté d’un malade, violer sa dignité, aggraver ses souffrances. Les possibilités techniques que célèbre la toute puissance humaine n’ont rien à faire avec la compassion de Dieu pour ses créatures ». D’où son appel au Parlement italien pour une loi digne d’un état laïque. La presse italienne n’est pas restée en dehors du débat. Ainsi « La Repubblica » en décembre, donnait-elle la parole à un autre pasteur vaudois, Sergio Manna, aumônier d’hôpitaux. Ce dernier en appelait tout simplement à la pitié, autrement dit à la charité chrétienne pour celui qui souffre. Et ce, sans prendre en compte, systèmes de valeurs, croyances ou principes généraux immuables. Entrant dans ces vues, le journaliste prolonge sa réflexion sur l’idée de vie et de mort « naturelles » : « Qu’est-ce qui est « naturel » dans une salle de réanimation ? Un moteur et une pompe dans l’estomac, pour l’alimentation, un trou dans la trachée et une autre pompe pour la respiration ? Qu’est-ce qui est « naturel » dans un corps tenu en état de marche biologique dans toutes ses fonctions, avec pour perspective une mort artificiellement différée ? Les principes abstraits appliqués à une telle souffrance deviennent d’une implacable férocité » conclut-il. 

Maurice CAVALIÉ

CIMADE : 75 propositions

La Cimade a publié début février 75 propositions pour une politique d'immigration lucide et réfléchie, ni subie, ni choisie. «Assez d’humiliation !» Par cet appel lancé début 2006 la Cimade s'élevait contre l’aggravation permanente des politiques publiques à l’égard des étrangers et des personnes migrantes. « Cette campagne est née de l'indignation des centaines de membres de la Cimade qui accompagnent au quotidien les étrangers et migrants », explique Patrick Peugeot, président de la Cimade. Dans toute la France, ils ont témoigné auprès de l’opinion des désastres humains causés par la logique sécuritaire à l’oeuvre. « Mais notre prise de parole n'a de sens que si elle s'accompagne de la présentation d'une autre politique. Du vaste chantier de réflexion collective ouvert au sein de la Cimade ont émergé 75 propositions autour de 8 thèmes : migrations internationales ; politiques des visas ; droit d’asile ; vie privée et familiale ; statuts en France ; travail ; politique d’accueil, d’insertion et de lutte contre les discriminations ; rétention et éloignement. Ces 75 propositions dessinent ce que pourrait être une politique d’immigration reposant d’abord sur les principes de justice et d’humanité ». La Cimade a commencé à faire connaître ces propositions auprès des citoyens et des responsables politiques. 

Contact : Cimade 8b rue Jean-Marc Cathala 13002 Marseille T. 04.91.62.28.09 www.cimade.org


 

numéro de décembre : 2006

  • Le billet du président de région
  • La croyance en miettes
  • Un processus historique 
  • Synode régional des jeunes : Quelle musique pour Dieu ?
  • Histoire de l’islam en France

Billet

Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir….. ? 

Dans quelques semaines ce sera Noël. Ce soir-là, cette nuit-là, puis ce jour-là, on fêtera joyeusement la naissance discrète de Jésus, en famille, entre amis, ou on supportera ces moments-là dans la solitude. Mais Noël est précédé par le temps de l’Avent au cours duquel chacun peut se demander quelle place Jésus occupe dans sa vie, lui dont les évangiles de Matthieu et de Luc racontent la venue dans notre monde à la lumière de sa résurrection comme Christ. 

Si chacun l’a confessé comme Seigneur tout au long de l’année au cours du culte, en particulier, comment l’a-t-il donc vu depuis Noël dernier ? L’a-t-il vu affamé et assoiffé ? L’a-t-il vu étranger et nu ? L’a-t-il vu malade et détenu ? L’a-t-il reconnu parmi les hommes qui souffrent de la faim et de la soif ici et au loin ? L’a-t-il reconnu parmi les étrangers qui fuient la misère et l’oppression ? L’a-t-il reconnu parmi les malades et les prisonniers ? 

Si oui, alors il leur a donné à manger et à boire, il les a accueillis, il les a vêtus, il les a visités. Si non, alors il a vécu sa vie de chrétien au milieu de ceux qui ne le dérangent pas, qui ne lui posent pas de problème, qui ne le remettent pas en question. Mais aura-t-il pour autant vécu une année assez heureuse pour fêter sereinement la naissance de Celui qui l’a appelé à le suivre ? Avant Noël, il y a toujours le temps de l’Avent pour se préparer à la venue de Jésus de Nazareth qui fait naître l’homme à l’autre comme lui-même et comme un frère. 

Jean-Daniel DOLLFUS

La croyance en miettes

François Bousquet était le premier intervenant du cycle de conférences « Croire aujourd’hui » à l’Espace Magnan de Marseille, le vendredi 20 octobre. Professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Institut catholique de Paris, il est également directeur de l’Institut de sciences et théologie des religions. Thème de réflexion de ce séminaire sur deux jours : religions du monde et différences bibliques : le sacré, le séculier et le saint. 

Le père Bousquet s’est présenté comme prêtre et théologien aimant les gens et les idées. En introduction il cite l’article du philosophe athée André Comte-Sponville, « Une spiritualité sans Dieu, ça existe ? » paru dans « La Vie », comme bel exemple de l’émiettement de la croyance d’aujourd’hui. Il insiste sur l’importance de penser juste, de comprendre ce que l’on croit et de savoir le dire. 

Retenons cette définition de la religion : « combat que les humains entretiennent avec les puissances qui les dépassent et qui mettent en jeu leurs vies et leurs morts ». Dans toute notion de religion il y a l’idée de violence L’être humain est fondamentalement religieux. Il nous décrit les religions du monde et nous parle du groupe dont nous faisons partie, les religions monothéistes, religions du salut, qui inclue le judaïsme et l’islam avec lesquelles un dialogue s’est instauré (le père Bousquet étant lui-même représentant du groupe interreligieux dans l’Eglise catholique). Riche d’une expérience chinoise il nous parle de la fascination des religions orientales de la délivrance qui sont si éloignées de nos conceptions rationalistes occidentales dans les domaines de la spiritualité et maîtrise de soi. 

Nous travaillons ensuite sur les notions du sacré, du saint et du séculier. La sécularisation de notre monde a fait apparaître des religiosités en tous genres où chacun se fabrique sa petite « religion à la carte » selon la formule de Jean-Louis Schlegel. Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui se disent croyantes mais non pratiquantes. Mais croyantes en quoi ? En quelque chose de supérieur et de gazeux qui flotte au-dessus de leurs têtes ? Vraiment ce type de croyance est à évangéliser car la croyance est différente du croire. La conclusion est optimiste : pour François Bousquet, l’Eglise chrétienne est l’un des corps qui a le plus d’avenir sur la planète d’où l’importance de l’unité des chrétiens Il nous signale également la parution d’une page de « Bonnes nouvelles du monde » dans le journal « La Croix » pour combattre la sinistrose qui sévit dans la société actuelle. « Rendons grâce à Dieu de ce qui est donné ! » écrit Michel Bertrand dans l’hebdomadaire protestant « Réforme ».

Un processus historique

Pour le second tour des élections présidentielles en République Démocratique du Congo (ex Zaïre), l’ONU a envoyé des observateurs internationaux, parmi lesquels des représentants des Eglises protestantes de France, via le Service protestant de mission (DEFAP). Joël Baumann, pasteur à Marseille Sud-est, fut l’un d’entre eux. Il répond à la rédaction d’ECHANGES.

Pourquoi les Eglises ont-elles été invitées à veiller sur ce processus électoral ?

La RDC vit une époque historique. Voilà plus de quarante ans que la population n’a pas été associée démocratiquement à la vie politique. Le Président sortant a finalement mis en place une nouvelle constitution, et une Commission électorale indépendante (CEI), pour organiser et contrôler tout le processus d’une consultation électorale. Le président de la CEI, l’abbé Apollinaire Malumalu, s’est tourné vers les Eglises pour l’aider dans cette tâche, à côté d’autres organisations nationales suffisamment crédibles.

Quelle était votre mission précise ? 

Notre mission était de « garantir la neutralité, la transparence, la liberté de vote dans la réalisation des élections ». De fait, notre présence semblait être un vrai encouragement pour la population. Après une rencontre avec les responsables nationaux de l’Eglise du Christ au Congo (ECC), nous avons suivi une formation avec les observateurs internationaux : formation aux questions de sécurité et à l’histoire politique du pays, informations sur le processus électoral. Le jour « J », 29 octobre, j’ai assisté personnellement à deux ouvertures de bureaux, vers 5 h 30 du matin, puis j’ai été présent dans une douzaine de bureaux dans la journée, et enfin j’ai assisté à un dépouillement tard dans la soirée. Une très bonne grille d’évaluation nous avait été donnée. Un débriefing avec l’ensemble des observateurs internationaux a été fait deux jours plus tard. Un travail passionnant et instructif pour moi. 

Qu’avez-vous pu observer ? 

Le dispositif pour assurer le bon fonctionnement d’une telle consultation dans un pays grand comme quatre fois la France, avec les difficultés d’accessibilité que l’on imagine, était tout simplement époustouflant. Rien que la conception et l’acheminement dans tout le pays des kits (isoloirs, urnes, documents et 63 millions de bulletins de vote) pour 50 000 bureaux de vote…c’est énorme, sans compter le déploiement d’un millier d’observateurs. Ce qui nous a le plus marqué, c’est le sérieux et la sérénité des équipes d’agents électoraux, des jeunes la plupart du temps. Quelle leçon de civisme ! Il est temps que le Congo rende ses fruits à ses enfants. Encore faut-il que vainqueurs et vaincus acceptent le verdict, encore inconnu à l’heure où nous mettons sous presse.

Synode régional des jeunes : Quelle musique pour Dieu ?

Du 26 au 28 octobre, le synode des jeunes de la région PACCA a réuni 44 jeunes au lycée agricole de Valabres près de Gardanne. L’équipe de cuisinières aixoises a su agrémenter la convivialité de ces journées par d’excellents repas. 

Le thème de ce synode 2006 « Dieu et la musique », animé par l’Equipe régionale jeunesse, s’est décliné en activités diverses et variées. Le pasteur Eric Galia, animateur régional jeunesse en région Cévennes-Languedoc-Roussillon, a proposé une introduction au thème autour des fonctions de la musique dans l’Eglise (fonctions kérygmatique, catéchétique, liturgique et anthropologique). Des ateliers ont ensuite permis à tous de s’exprimer : chant (à 4 voix), orchestre, gospel, écriture à partir de paraboles bibliques…Enfin, un concert du groupe « Gospellement vôtre » a été un temps fort du synode. 

Comme dans tout synode, des vœux ont été votés par les jeunes, demandant la réalisation d’un carnet de chant « jeunesse » complémentaire au cantique « Arc en Ciel », la création d’ateliers ou chorales « gospel » pour animer les cultes, l’utilisation d’autres instruments de musique que l’orgue pour accompagner les chants. Par ailleurs une « déclaration des droits musicaux des paroissiens » a été formulée pour interpeller les Eglises locales. Au nom de la conviction forte que la musique et le chant sont indispensables pour dire l'indicible à Dieu, les jeunes y accusent les Eglises de n’avoir à leur répertoire que les cantiques habituels, sans entrain et exclusivement accompagnés à l’orgue (trop d’orgue tue l’orgue !), de n’utiliser que le seul recueil « Arc en Ciel » dont le monopole rejette d’autre styles musicaux, de ne pas donner au corps et au rythme toute sa place dans le culte, de ne pas se doter de sonorisations dignes de ce nom…Et si des expériences différentes existent dans la région ici ou là, un désir qu’elles se multiplient et s’élargissent a été clairement exprimé. Pourra-t-il être entendu ?

Christian DAVAINE

Histoire de l’islam en France

    Mohamed Arkoun a présenté à Marseille, au centre diocésain Le Mistral, le livre dont il a assuré la direction : « Histoire de l’islam et des musulmans en France, du moyen âge à nos jours » (Ed. Albin Michel -1200 pages). M. Arkoun, professeur à la Sorbonne a dirigé cette édition, pour lutter contre l’inculture, et la méconnaissance actuelle, sources d’incompréhensions et de conflits. Il ne suffit pas de dialoguer, dit-il, car chacun reste sur la conviction que sa religion est la seule vraie. Il faut connaître l’histoire, la vraie, pas celle que l’on s’imagine. Il suggère la création d’espaces de cultures philosophiques, scientifiques, et critiques de l’islam, « loin des mosquées », précise-t-il. L’approche critique est indispensable pour répondre aux questions actuelles, et il reproche à l’Education nationale de ne pas jouer pleinement son rôle dans « l’étude de l’ethnographie, l’ethnologie et l’anthropologie, socles culturels à toutes sociétés humaines ». 

Ce livre réunit la connaissance de l’histoire (politique et religieuse), des savoirs scientifiques (astronomie, médecine, etc.), de la littérature, de l’art, apportés par l’islam dans le bassin méditerranéen, et que l’on a tendance à oublier aujourd’hui. 

Cette encyclopédie est écrite par de nombreux professeurs, elle est passionnante et je pense concerne tous les français, de toutes origines et de toutes religions.

Magali PESARESI 

Les Courmettes ferment.

Après trente années de fonctionnement en centre d’hébergement et d’animation, l’association « les Courmettes », qui assurait la gestion du domaine depuis 1976, doit interrompre ses activités. Malgré les efforts de tous, direction, équipiers, bénévoles, le conseil d’administration a dû se rendre à l’évidence : la situation financière ne permet plus d’assurer les dépenses courantes, et encore moins de donner les moyens de mettre les locaux en adéquation avec la demande des utilisateurs actuels et potentiels. 

Le domaine demeure. 

Il appartiendra au conseil d’administration de l’association « Amiral de Coligny », qui en est propriétaire, de dégager de nouvelles pistes d’utilisation de ce magnifique patrimoine, tour à tour depuis son acquisition en 1918 : sanatorium, préventorium, centre international de scoutisme féminin, maison d’enfants, colonie de vacances, centre de vacances et de loisirs, centre de post-cure pour toxicomanes, centre d’accueil de groupes…

Alain ROSIER


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